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L’Europe : utopie ou réalité vivante PDF Imprimer Envoyer

Le 22 janvier 2009, l’Association « Aix en Provence Citoyenne » a reçu Monsieur Elie Barnavi pour un débat dont le thème était « l’Europe : utopie ou réalité vivante », en voici un bref compte-rendu.

Elie BARNAVI, actuellement responsable du musée européen à Bruxelles, a été ambassadeur d’Israël en France de 200O à 2002. Il se déclare être d’autant plus européen qu’il ne l’est pas. C’est en observateur curieux et en même temps agacé qu’il constate que certains européens ne se rendent pas compte du « miracle » qu’ils sont en train de vivre.
Il réfléchit sur le « miracle » et les difficultés de faire l’Europe, entreprise radicalement neuve et complexe ; c’est un empire démocratique sans Empereur, qui suppose une identité supranationale. L’Europe tâtonne, par l’essai et par l’erreur.

Notons cependant que l’Europe n’a pas d’ennemi. Elle doit donc construire son identité avec des partenaires forts sans adversaires héréditaires. Heureuse difficulté !
Comment alors la fierté des européens par rapport à ce projet peut-elle naître, comment: donner le sentiment de l’appartenance commune ? L’Europe  ne peut pas se faire uniquement par le biais de l’économie : « on ne fait pas rêver les gens avec  des marchés » (Jacques Delors).
Elie Barnavi rappelle que la Turquie, pour des raisons historiques et géographiques, n’est pas dans l’Europe : une seule partie de son territoire lui appartient. Quant à l’histoire, le passage laïque et démocratique a été de courte durée, « on n’efface pas d’un trait de plume cinq siècles d’histoire » Il en va de la cohésion de l’Europe. Pas plus Israël que le Maghreb n’ont de vocation à intégrer l’Europe.

L’Europe doit être reconnue et doit se reconnaître en tant que civilisation construite par couches successives, chaque couche peut se retrouver ailleurs ; le constat actuel est le suivant : quel que soit l’endroit où l’on va en Europe on est chez nous. Maintenant la construction de l’Europe doit passer par la culture : chaque européen a des représentations propres à l’Europe : les cathédrales, les Universités, les quartiers, …. L’Europe est un état civilisation.
On doit en tirer des conclusions politiques : Qui est européen ? qui ne l’est pas ? Se pose alors la question des frontières, être chez soi et pas ailleurs. Tant que le rideau de fer existait on savait qu’il y avait une frontière qui convenait à peu près à tout le monde. Après la chute du mur de Berlin, la question angoissante de l’identité s’est posée.  Tant que cette question ne sera pas réglée, il n’y aura pas d’Europe.  C’est pourquoi, il faut réfléchir aux frontières pour savoir de quoi on parle quand on parle de l’Europe et de citoyenneté  européenne. Pourtant Barnavi croit à l’entrée probable de la Croatie, de la Bosnie, de l’Ukraine, de la Biélorussie ….

L’Europe doit être une Europe-puissance. Une civilisation est constituée par des hommes et des femmes qui se sentent des affinités. L’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui est fondée sur quatre piliers : la Grèce, Rome, les Barbares et l’Eglise. C’est cette dernière qui assure la transmission du savoir antique, qui a construit les cathédrales, qui a fondé ordres monastiques et universités. Ainsi se forme l’entité culturelle européenne. La civilisation chrétienne est fondée sur des valeurs propres à Athènes et à Rome. Au 8è siècle l’Europe est déjà faite dans la tête des élites mais la variété des structures étatiques s’est opposée à la construction de l’Europe. Pourtant l’idée n’est jamais morte et ressurgit en permanence (Hitler avait aussi en tête l’idée de l’Europe….). Au sortir de la guerre, l’Europe détruite, dévastée, humiliée n’est plus le cœur du monde ; à ce moment là, quantité négligeable, elle a pu réaliser l’union. Les pères fondateurs de cette Europe (Robert Schumann, Paul-Henri Spaak, Alcide de Gasperi, Jean Monnet) étaient des démocrates, chrétiens, ou résistants, bref hommes de culture et c’est avec cet idéal qu’ils pensaient faire l’Europe fédérale.
L’Europe doit assumer la totalité de son passé. Elie BARNAVI était pour l’inscription de l’origine chrétienne dans le traité européen car on doit connaître son histoire sous tous ses aspects pour pouvoir plaider pour la valeur symbolique de l’Europe.

Nous devons avoir une image claire de l’histoire de l’Europe, elle doit être connue sans toutefois effacer l’histoire de chaque nation. Pour lui,Il est important de l’enseigner aux enfants et son activité actuelle au sein du Musée d l’Europe a permis la création d’une exposition itinérante et de manuels destinés aux jeunes citoyens européens et aux enseignants. Ce Musée a comme mission de transmettre cette connaissance du Portugal à la Pologne.
Les nations doivent exister, leur histoire doit être connue mais coiffée par l’histoire de l’Europe. L’hymne européen était fédérateur, Elie Barnavi trouve inacceptable qu’il n’apparaisse plus en raison de l’intervention anglaise.

L’affirmation par 4 états : l’Irlande, la Finlande, l’Autriche et la Suède de leur neutralité par rapport à l’Europe étonne, c’est le moins que l’on puisse dire….
Elie Barnavi comprend mal le NON irlandais : au regard de ce que l’Europe a pu apporter à ce pays, cette opposition est plus que surprenante et peut même paraître comme un manque de savoir vivre.
Les arguments en faveur du NON sont apparus parfaitement hétérogènes : pour les uns l’Europe n’était pas assez libérale, pour d’autres pas assez sociale : alors que l’Europe du OUI est à peu près cohérente. Pourtant les défenseurs de l’Europe agissent comme s’ils en avaient honte alors que les détracteurs de l,Europe agissent comme s’ils avaient une idéologie.
Il faut donc défendre l’Europe comme une idéologie, avec conviction. D’une part, pour faire face à une crise que nous traversons aujourd’hui et d’autre part, pour ne pas marcher sur un pied car nous avons besoin d’une Europe puissante, riche et démocratique.
Comme l’a écrit Milan Kundera : « est européen celui qui a la nostalgie de l’Europe »…

Des extraits de cette conférence sur le site de TV7 Provence 

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